2008, une affaire de lait frelaté en provenance de Chine secoue l’Europe. Des centaines de personnes sont concernées par les effets secondaires de sa consommation et même quelques morts. 2013, le scandale de la présence de viande de cheval dans une multitude de produits alimentaires de grande consommation met à nouveau en lumière le manque de traçabilité dans la chaine d’approvisionnement des denrées alimentaires. L’Europe n’est pas la seule concernée. L’Afrique n’est pas en reste avec de nombreux scandales qui entament chaque jour un peu plus la confiance du consommateur en ce qu’il mange (scandale du riz en plastique en provenance de Chine, scandale des poulets périmés, la liste est longue…). Que consommons nous donc ? Ces scandales auraient-ils pu être évités ? Y-a-t-il vraiment une solution ?

La transparence : un défi majeur pour le secteur

Selon une étude de PWC datant de 2016, le coût de la fraude dans le supply chain alimentaire s’élèverait jusqu’à 40 milliards de dollars par an. Ce qui montre la grosse opacité et le manque de transparence dans la chaine d’approvisionnement alimentaire. Cela impacte la qualité de nos assiettes, notre santé et de là même nos vies. Résoudre ce problème de transparence dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire serait alors résoudre ou anticiper des problèmes de santé publique dans l’avenir. Etre plus transparent, reviendrait à avoir les informations en temps réel sur les différentes étapes de la chaine d’approvisionnement. Savoir en temps réel où se trouve la marchandise. Savoir qui s’en occupe à l’instant t, en avoir les données de conservation en temps réel, et plus important empêcher un acteur de la chaîne de frauder sur les informations enregistrées. Existe-il une solution permettant de tenir tous ces challenges ? la réponse est « OUI » et cette solution, c’est la Blockchain.

La blockchain pour renforcer la transparence et accélérer l’identification de la source des contaminations

La blockchain, en tant que registre distribué, transparent et incorruptible, peut justement aider à lutter contre l’opacité de ces supply chains, et à aboutir à des diagnostics bien plus rapides sur les sources de contamination. Le vice-président de la sécurité alimentaire de Walmart affirme même que cette technologie pourrait représenter « le Graal » de la supply chain.

Concrètement, il s’agit pour l’ensemble des parties prenantes d’une chaîne logistique d’inscrire chaque étape du processus de fabrication d’un produit alimentaire, depuis sa production jusqu’à son lieu de vente, dans une blockchain. En fonction des cas, l’inscription sur le registre peut se faire de façon manuelle (en photographiant les documents avec son smartphone et en les mettant en ligne sur une plateforme ad hoc), Pour aller même beaucoup plus loin au niveau des consommateurs, la mise en place des QR codes sur les différents produits permettrait au client de scanner le code de la marchandise source de l’intoxication et le transmettre à la Blockchain automatiquement, ce qui permettrait d’identifier beaucoup plus rapidement les lots infectés et procéder à un rappel plus précis et rapide des marchandises concernées.

Des projets se développent partout dans le monde

De nombreuses expérimentations ont débuté depuis plusieurs mois, pour enregistrer les parcours de différentes denrées (thon, poisson, mangues…). En France, Carrefour a annoncé en février 2017 l’utilisation à venir de la blockchain pour la transparence de ses filières animales. Walmart, qui teste la blockchain depuis 2016 en Chine pour la traçabilité de la viande de porc, a annoncé en juin 2017 que ses premiers résultats sont « très encourageants » : la blockchain a permis de réduire de plusieurs jours à quelques minutes le temps nécessaire pour retracer l’origine des produits, permettant de réagir plus rapidement au cas où des produits contaminés seraient découverts. En conclusion, la chaîne d’approvisionnement repose actuellement sur la signature de papiers physiques mais force est de constater que des efforts sont entrepris par plusieurs entreprises pour améliorer la transparence de la chaîne d’approvisionnement par l’utilisation progressive de la blockchain qui en favorise la transparence. Est-ce une vraie révolution de la supply chain ? ou est-ce un effet de mode passager ? l’avenir nous le dira.

Erwin Anet N’guetta, PMP®, PRINCE2®, ITIL®,SMC™

Deputy head of Testing Factory | Bilingual Senior Projet Manager | Transformational Leader | Digital

2 Commentaires

  1. Votre article est fort intéressant. Les exemples d’application sont très pertinents. Il y a effectivement un manque de transparence dans certaines chaînes d’approvisionnement. La BlockChain pourrait apporter des améliorations. Déjà, internet a permis des progrès considérables. Mais la BlockChain permettra d’aller plus loin encore. Les informations sur les produits, les flux logistiques et les acteurs des supply chains pourront être envoyées et reçues instantanément.

    Cependant, cette nouvelle technologie que nous ne connaissons pas assez aura des impacts sur l’environnement et sur l’emploi.

    Sur l’emploi
    L’introduction de la BlockChain réduira le nombre d’emplois dans les supply chains et pas seulement. Pour atténuer ce dommage collatéral, une partie des emplois devra se transformer, ce qui ne sera pas simple, notamment dans les pays moins développés. Une étude de McKinsey (2015) conclue que 45% des tâches classiques seront supprimées.

    Sur l’environnement
    La BlockChain est énergivore. En effet, pour être performante, la technologie a besoin de beaucoup d’énergie pour faire fonctionner les data centres. Alors que la tendance mondiale en au siècle est à la de réduction des impacts des activités économiques sur l’environnement.

    Pour finir, la supply Chain n’est pas l’unique cas d’usage de la BlockChain, la finance en est une autre. Bref, tout ce qui est contractuel concernera la BlockChain car dès qu’il y a un contrat, les parties recherchent transparence, confiance, traçabilité et parfois rapidité…

    Armand Hounto
    Conseiller en Transport Maritime et Aérien, Ministère des Transports, Montréal
    Consultant en Affaires Internationales, International Trade Partners, Montréal
    http://www.itradepartners.com

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