L’Afrique est en train de changer de modèle industriel. Longtemps concentrés sur leur cœur de métier, de nombreux groupes misent désormais sur une intégration plus poussée de leurs activités afin de créer davantage de valeur localement. Dans un entretien accordé à Forbes Afrique, Gregory Clerc, directeur général du Groupe Castel, expose cette vision ambitieuse qui dépasse largement l’univers des boissons pour embrasser celui de l’agroalimentaire et de l’industrie. Au cœur de cette stratégie, un élément apparaît comme un facteur décisif : la logistique.
Pour Gregory Clerc, les atouts du groupe ne se limitent pas à son savoir-faire dans le brassage. « Nos compétences industrielles, logistiques et commerciales constituent un socle solide pour porter un projet agroalimentaire plus ambitieux », explique-t-il. Cette déclaration traduit une évolution majeure : les réseaux de production, d’approvisionnement et de distribution construits depuis plusieurs décennies deviennent aujourd’hui des leviers pour développer de nouvelles filières agroalimentaires sur le continent.
Cette stratégie repose sur une conviction forte : produire localement ne consiste plus seulement à implanter des usines. Il s’agit également de structurer l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis les exploitations agricoles jusqu’au consommateur final. Cela implique d’organiser les flux de matières premières, de sécuriser les approvisionnements, d’investir dans le stockage, le transport, les emballages et les réseaux de distribution afin de garantir une offre compétitive et durable.
Le groupe Castel s’appuie déjà sur un ancrage solide en Afrique pour accélérer cette transformation. Présent dans plus de vingt pays, il réalise une part importante de ses achats auprès de fournisseurs locaux et développe plusieurs filières agricoles, notamment autour du sorgho, du maïs, du riz ou encore de la canne à sucre. Cette intégration progressive permet non seulement de réduire la dépendance aux importations, mais également de soutenir les producteurs locaux tout en renforçant la résilience des chaînes d’approvisionnement.
Cette ambition industrielle s’accompagne naturellement d’importants enjeux logistiques. Le développement de nouvelles unités de production et l’extension des capacités industrielles nécessitent des infrastructures capables d’accompagner la croissance des flux. Routes, plateformes logistiques, entrepôts, réseaux de distribution, transport multimodal et infrastructures portuaires deviennent des maillons essentiels pour assurer la compétitivité de l’ensemble de la filière agroalimentaire.
Pour Gabon Logistics & Transports, cette vision illustre parfaitement l’évolution des besoins des industriels africains. La logistique n’est plus considérée comme une simple fonction support ; elle devient un véritable avantage stratégique. Plus les entreprises cherchent à transformer localement les matières premières, plus elles ont besoin de chaînes logistiques performantes, capables de relier efficacement les zones de production, les sites industriels et les marchés de consommation.
Au Gabon, cette approche trouve un écho particulier dans les ambitions de diversification économique et de transformation locale des ressources. Le développement d’une industrie agroalimentaire compétitive passera inévitablement par des investissements dans les infrastructures logistiques, l’amélioration des réseaux de transport et la professionnalisation des métiers de la supply chain. Les opérateurs logistiques, les transporteurs, les gestionnaires d’entrepôts et les acteurs portuaires auront un rôle déterminant à jouer dans cette nouvelle dynamique.
L’entretien de Gregory Clerc rappelle finalement une réalité essentielle : l’avenir de l’industrie africaine ne dépendra pas uniquement des investissements dans les capacités de production, mais aussi de la capacité des entreprises à construire des chaînes de valeur intégrées, performantes et résilientes. Dans cette transformation, la logistique apparaît plus que jamais comme le trait d’union entre l’agriculture, l’industrie et les marchés, faisant d’elle l’un des principaux moteurs de la souveraineté économique du continent.

