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La logistique, le grand absent du bilan des 100 Premiers Jours

Le récent bilan présenté par le Ministre d’État, Ministre des Transports, de la Marine Marchande , chargé de la Logistique met principalement en avant les performances réalisées dans les secteurs terrestre, aérien et maritime. Réhabilitation d’aéroports, digitalisation des services, équipements roulants, infrastructures maritimes ou encore modernisation administrative : la communication gouvernementale insiste fortement sur les actions visibles et les taux d’exécution des projets engagés.

Mais un élément interpelle immédiatement : l’absence presque totale d’un véritable volet consacré à la logistique. Pourtant, la logistique figure officiellement dans l’intitulé même du ministère. Or, dans les documents présentés, aucun chapitre spécifique ne semble réellement traiter des grands enjeux liés aux chaînes d’approvisionnement, aux corridors logistiques, aux hubs régionaux ou encore à la compétitivité logistique nationale.

Cette absence soulève plusieurs interrogations, surtout dans un contexte où la logistique est devenue un levier stratégique de puissance économique. Aujourd’hui, les pays les plus compétitifs ne dominent pas uniquement grâce à leurs infrastructures de transport, mais grâce à leur capacité à organiser efficacement les flux de marchandises, réduire les délais, optimiser les coûts et fluidifier les échanges commerciaux.

Le sujet devient encore plus important lorsque l’on observe le positionnement du Gabon dans l’Indice de Performance Logistique (IPL) de la Banque mondiale. Selon les données publiées en 2023, le Gabon est classé 115ᵉ sur 139 pays évalués. Cet indice mesure notamment l’efficacité des douanes, la qualité des infrastructures, la compétitivité des expéditions, la qualité des services logistiques, le suivi des marchandises ainsi que le respect des délais de livraison.

Ce positionnement montre que les défis restent importants malgré les projets annoncés dans les transports. Plusieurs difficultés continuent de freiner la fluidité des échanges : coûts logistiques élevés, lenteurs administratives, délais portuaires, manque d’interconnexion entre les différents modes de transport ou encore insuffisance des infrastructures logistiques spécialisées.

Dans le bilan présenté par le ministère, certains projets touchent indirectement à la logistique : digitalisation, scanners, équipements portuaires ou infrastructures maritimes. Mais cela reste insuffisant pour donner une véritable visibilité sur une stratégie logistique nationale clairement structurée et assumée.

Pourtant, la logistique moderne dépasse largement le simple transport. Elle concerne également l’organisation des flux, les plateformes multimodales, les zones logistiques, les corridors économiques, l’intégration régionale, la compétitivité portuaire ainsi que toute la chaîne d’approvisionnement nationale.

Cette réalité a d’ailleurs été résumée par Ghislain Moandza Mboma, Directeur Général de l’ANPI, qui déclarait : « Il n’y a pas d’économie sans logistique efficiente ». Une phrase qui illustre parfaitement le rôle central de la logistique dans le développement économique d’un pays.

Dans la même logique, Gagan Gupta, CEO du groupe ARISE, rappelait également que : « La logistique est un élément clé à maîtriser pour assurer la compétitivité des entreprises ». Une déclaration qui met en évidence le rôle stratégique de la logistique dans l’attractivité économique, les exportations et la performance industrielle.

Le sujet semble d’ailleurs gagner progressivement en importance au plus haut niveau de l’État. Dans le cadre des réformes de modernisation de l’action publique, le Président de la République a validé la création de la Direction Générale de la Logistique. Cette structure a été pensée comme un outil stratégique destiné à « centraliser et normaliser la gestion de ses approvisionnements, de ses infrastructures ». Une orientation qui montre que les enjeux logistiques commencent désormais à être intégrés dans les réflexions liées à la performance de l’État et à l’efficacité administrative.

Dans plusieurs pays africains, ces questions sont désormais considérées comme prioritaires pour attirer les investisseurs et renforcer la compétitivité économique. Certains États investissent massivement dans les hubs logistiques, les ports intelligents, la digitalisation douanière et les corridors régionaux afin de devenir des plateformes commerciales stratégiques.

Au Gabon, plusieurs acteurs du secteur attendent encore une vision plus lisible sur ces questions. Quelle stratégie logistique nationale ? Quels projets structurants ? Quelle ambition régionale ? Comment réduire les coûts logistiques qui impactent fortement les entreprises et les consommateurs ?

Le ministère semble aujourd’hui engagé dans une dynamique importante de modernisation des transports. Mais la logistique, pourtant essentielle pour la compétitivité économique du pays, apparaît encore comme le grand absent de cette communication institutionnelle.

Et dans un monde où la maîtrise des flux devient un facteur majeur de puissance économique, beaucoup estiment désormais qu’il ne suffit plus seulement de transporter. Il faut également savoir organiser, connecter et optimiser toute la chaîne logistique nationale.

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