Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique et la pression croissante sur les ressources marines, l’adoption du traité BBNJ (Biodiversity Beyond National Jurisdiction) constitue une avancée majeure pour la protection de la biodiversité en haute mer. Cet accord, adopté sous l’égide des Nations Unies en 2023, vient compléter un cadre juridique déjà fondamental : la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM), adoptée en 1982.
BBNJ vs CNUDM : complémentarité plutôt que substitution
La CNUDM, souvent qualifiée de « Constitution des océans », établit les règles générales régissant l’utilisation des mers et des océans. Elle définit notamment les zones maritimes (mer territoriale, zone économique exclusive, haute mer) ainsi que les droits et obligations des États en matière de navigation, d’exploitation des ressources et de protection de l’environnement marin.
Cependant, malgré son caractère structurant, la CNUDM présente des limites importantes en matière de protection de la biodiversité en haute mer — une zone représentant près de 50 % de la surface de la planète et échappant à toute juridiction nationale.
C’est précisément là qu’intervient le traité BBNJ. Contrairement à la CNUDM, qui pose des principes généraux, le BBNJ introduit des mécanismes concrets et innovants, notamment :
- La création d’aires marines protégées en haute mer
- L’évaluation obligatoire des impacts environnementaux
- Le partage équitable des ressources génétiques marines
- Le renforcement des capacités des pays en développement
Ainsi, le BBNJ ne remplace pas la CNUDM, mais vient combler ses lacunes en matière de conservation et d’utilisation durable de la biodiversité marine au-delà des juridictions nationales.
Un enjeu stratégique pour le Gabon
Pour un pays comme le Gabon, reconnu comme un acteur majeur de la préservation environnementale en Afrique, le traité BBNJ représente une opportunité stratégique.
Le Gabon s’est déjà illustré par la création d’un vaste réseau d’aires marines protégées couvrant près de 26 % de ses eaux territoriales. En adhérant au BBNJ, il renforce sa position de leader régional et international en matière de gouvernance durable des océans.
Les bénéfices pour le Gabon sont multiples :
- Accès aux ressources génétiques marines : Le BBNJ garantit un partage plus équitable des bénéfices issus de la biodiversité marine, notamment dans les domaines pharmaceutique et biotechnologique.
- Renforcement des capacités nationales : Le traité prévoit des mécanismes de transfert de technologies et de formation, essentiels pour les pays en développement.
- Influence diplomatique accrue : En s’engageant activement dans la mise en œuvre du BBNJ, le Gabon peut renforcer son rôle dans les négociations internationales liées au climat et à la biodiversité.
- Protection des intérêts maritimes : Une meilleure gouvernance de la haute mer contribue indirectement à la préservation des ressources halieutiques dont dépend une partie de l’économie nationale.
Vers une gouvernance globale plus équitable
Le traité BBNJ marque une évolution vers une gouvernance plus inclusive et durable des océans. Là où la CNUDM posait les bases juridiques, le BBNJ apporte des outils opérationnels pour répondre aux défis contemporains : surexploitation, pollution, changement climatique et perte de biodiversité.
Pour le Gabon, pays côtier engagé dans la transition écologique, cet accord n’est pas seulement un instrument juridique : il constitue un levier de développement durable, de souveraineté maritime et de rayonnement international.

