Le projet de minerai de fer de Baniaka, porté par Genmin Limited via REMINAC, illustre parfaitement le dilemme des grands projets miniers gabonais : annonces politiques et financières ambitieuses, mais logistique nationale encore insuffisante pour soutenir ces ambitions.
1. Cadre politique et financement : des bases solides mais conditionnelles
- La convention minière signée avec l’État gabonais donne un cadre légal robuste.
- L’engagement de Shico pour financer jusqu’à 60 % du projet est un signal positif pour les investisseurs.
- Limite actuelle : la décision finale d’investissement (FID) n’est pas encore actée, maintenant le projet en phase préparatoire et retardant toute mobilisation industrielle concrète.
2. La logistique : véritable goulot d’étranglement
- Volumes attendus : 5 à 10 millions de tonnes par an.
- Défis logistiques majeurs :
- Absence de ligne ferroviaire dédiée opérationnelle ;
- Réseau routier intérieur inégal et parfois non adapté à des convois lourds ;
- Ports déjà saturés par d’autres filières stratégiques (bois, manganèse, pétrole).
Conclusion : sans schéma logistique clair et intégré, le projet pourrait accumuler des retards et coûts supplémentaires, mettant en danger la rentabilité annoncée.
3. Options de transport : arbitrages stratégiques
| Mode de transport | Avantages | Limites / risques |
|---|---|---|
| Rail | Compétitif sur le long terme, capacité importante, flux sécurisés | Investissement lourd, délais de construction importants |
| Route | Flexible, mise en service rapide | Surcoûts élevés, contraintes sécuritaires, usure des infrastructures |
| Port | Point de sortie pour l’export | Capacité limitée, cohabitation avec autres filières, risques de congestion |
Observation clé : Aucun plan officiel d’acheminement intégré n’a été communiqué, ce qui freine la crédibilité opérationnelle du projet.
4. La logistique comme critère de faisabilité réelle
- Le projet de Baniaka est politiquement soutenu et financièrement attractif, mais reste fragile sur le plan opérationnel.
- La question centrale n’est plus “si” le projet se fera, mais “comment” acheminer et exporter le minerai.
- La réussite industrielle dépendra directement de la capacité du Gabon à structurer ses infrastructures ferroviaires, routières et portuaires autour du projet.
Points à suivre
- Validation finale de l’investissement par les partenaires financiers.
- Présentation officielle d’un schéma logistique intégré rail-route-port.
- Coordination avec les infrastructures existantes pour éviter les conflits de flux.
- Intégration du projet dans une stratégie nationale logistique minière, pour maximiser l’effet structurant sur le pays.
Conclusion
Baniaka pourrait devenir un projet structurant pour l’industrie et la logistique gabonaises, mais tant que la chaîne de transport et d’exportation n’est pas clarifiée, la faisabilité industrielle reste théorique. La crédibilité du projet se jouera autant sur le terrain logistique que sur le plan financier ou politique.

