Aujourd’hui débutent,à la cité de la Démocratie, les travaux du Haut Conseil pour l’Investissement (HCI), une initiative destinée à identifier les réformes prioritaires susceptibles d’améliorer l’attractivité économique du Gabon et de lever les principaux obstacles à l’investissement. Parmi les huit groupes de travail mis en place, le Groupe 3 consacré à la logistique, aux transports et aux coûts portuaires apparaît comme l’un des plus stratégiques pour l’avenir économique du pays.
Ce choix n’est pas anodin. Dans toutes les économies modernes, la performance logistique constitue un levier majeur de compétitivité. Elle influence directement les coûts de production, les prix à la consommation, la fluidité des échanges commerciaux, la disponibilité des produits sur le marché et la capacité d’un pays à attirer les investisseurs.
Au Gabon, les enjeux sont d’autant plus importants que la question logistique est aujourd’hui au cœur des préoccupations économiques. Entre la lutte contre la vie chère, la volonté de renforcer la production locale, l’ambition de développer l’industrie nationale et les efforts visant à attirer davantage d’investissements, la logistique apparaît comme un facteur transversal qui conditionne la réussite de nombreuses politiques publiques.
Mais les travaux du Groupe 3 ne partent pas d’une feuille blanche.
En 2018 déjà, dans le cadre du Plan de Relance de l’Économie (PRE 2017-2019), une étude approfondie sur la compétitivité de la filière transport et logistique avait été menée auprès des administrations publiques, des opérateurs portuaires, des industriels du bois, des transporteurs, des transitaires et des armateurs. L’objectif était alors d’identifier les principaux freins à la compétitivité du secteur et de proposer des réformes concrètes.
Les conclusions de cette étude demeurent particulièrement actuelles.
À l’époque, les opérateurs dénonçaient déjà des délais d’exportation supérieurs à quarante jours entre l’empotage et l’embarquement des marchandises, des difficultés d’accès aux conteneurs vides, des coûts portuaires élevés, une multiplication des contrôles routiers ainsi qu’un manque de coordination entre les différentes administrations intervenant dans la chaîne logistique.
L’étude relevait également que le transport routier représentait près de 90 % des flux de marchandises, malgré des infrastructures parfois dégradées et des contrôles pouvant fortement ralentir les opérations. Entre Libreville et Lastourville, certains opérateurs recensaient jusqu’à vingt-deux postes de contrôle, générant plusieurs heures de retard sur un même trajet.
Le rapport soulignait aussi que les coûts administratifs et portuaires représentaient une charge importante pour les entreprises exportatrices. Pour certains conteneurs, les frais cumulés liés aux opérations portuaires, douanières, de transit et d’acconage pouvaient dépasser un million de francs CFA avant même la prise en compte du transport maritime.
Face à cette situation, plusieurs recommandations avaient été formulées : mise en place effective d’un guichet multimodal, simplification des procédures douanières, réduction des contrôles routiers, amélioration du fonctionnement du Port d’Owendo, accélération du Hub logistique de Lastourville, clarification de certaines taxes et renforcement du dialogue public-privé.
Huit ans plus tard, la question centrale est de savoir quelles réformes ont effectivement été mises en œuvre et quels obstacles continuent encore de pénaliser la compétitivité du pays.
Le contexte actuel présente toutefois une nouveauté majeure.
Depuis quelques mois, le gouvernement a engagé plusieurs réformes structurelles qui pourraient profondément modifier l’organisation de la chaîne logistique nationale. La création de la Centrale d’Achat du Gabon vise notamment à rationaliser les approvisionnements publics, améliorer la disponibilité des produits stratégiques et optimiser les dépenses de l’État. Son efficacité dépendra néanmoins de sa capacité à s’appuyer sur une logistique performante, capable de garantir l’acheminement rapide et sécurisé des marchandises sur l’ensemble du territoire.
La création de la Compagnie Nationale des Transports constitue également un signal fort. Cette nouvelle structure pourrait jouer un rôle majeur dans la réorganisation du transport de marchandises et de voyageurs, dans le développement de solutions multimodales et dans la desserte des zones économiques du pays. Toutefois, son impact réel dépendra de son articulation avec les infrastructures existantes, les opérateurs privés et les ambitions logistiques nationales.
Par ailleurs, le gouvernement avait également annoncé la création d’un Transitaire National, présenté comme un outil destiné à renforcer la maîtrise des opérations de transit et à accroître la participation des acteurs nationaux dans la chaîne logistique du commerce extérieur. Si cette annonce avait suscité de nombreuses attentes au sein du secteur, plusieurs interrogations demeurent quant à l’état réel d’avancement du projet et à son intégration future dans l’écosystème logistique gabonais. Là encore, les travaux du Groupe 3 pourraient permettre d’apporter davantage de visibilité sur les objectifs poursuivis, le calendrier de mise en œuvre et les complémentarités envisagées avec les autres acteurs du secteur.
Dans le secteur minier, les autorités ont également lancé la Société Gabonaise d’Entreposage et de Logistique Minière (SOGELIM), dont l’objectif est d’optimiser la gestion logistique de la production minière nationale, notamment à travers le stockage, l’entreposage et la fluidification des flux liés aux exportations de minerais. Cette initiative traduit la volonté de l’État de mieux structurer les chaînes logistiques stratégiques et de renforcer sa capacité d’accompagnement des filières extractives, appelées à jouer un rôle croissant dans l’économie gabonaise.
L’ensemble de ces projets témoigne d’une ambition plus large : construire progressivement des outils nationaux capables de soutenir la compétitivité du pays dans les domaines du transport, de la logistique, du commerce extérieur et des industries extractives. Les travaux du Groupe 3 pourraient ainsi permettre d’apporter davantage de visibilité sur l’articulation de ces différentes structures, leurs objectifs respectifs, leur calendrier de déploiement et leur contribution à une stratégie logistique nationale cohérente.
Ces nouvelles structures offrent ainsi au Groupe 3 une occasion unique de dépasser la seule question des coûts portuaires pour réfléchir à une véritable stratégie nationale de performance logistique.
Les travaux pourraient notamment permettre d’aborder plusieurs sujets essentiels : la fluidification des procédures administratives, la digitalisation des opérations, l’amélioration de la connectivité entre le port, le rail et la route, le développement de plateformes logistiques régionales, le renforcement des compétences dans les métiers du transport et de la logistique ainsi que la mise en place d’indicateurs nationaux de performance.
Cette dernière dimension apparaît particulièrement importante.
La Banque mondiale évalue la compétitivité logistique des pays à travers son Indice de Performance Logistique (LPI), qui mesure notamment la qualité des infrastructures, l’efficacité des procédures douanières, la compétence des opérateurs logistiques, la traçabilité des marchandises et le respect des délais. Dans un contexte de concurrence croissante entre les économies africaines, le Gabon ne pourra améliorer durablement son attractivité sans une amélioration significative de ses performances logistiques.
L’enjeu dépasse donc largement les seuls transports ou les seuls ports. Il concerne la capacité du pays à réduire les coûts de la vie, à soutenir son industrialisation, à développer ses exportations, à renforcer sa souveraineté économique et à attirer davantage d’investissements.
Les acteurs économiques attendent désormais davantage qu’un simple diagnostic. Ils attendent des objectifs mesurables, un calendrier précis de mise en œuvre des réformes, des indicateurs de suivi et des engagements clairs de l’ensemble des parties prenantes.
La véritable question est donc la suivante : le Groupe 3 permettra-t-il enfin de transformer les nombreuses recommandations formulées depuis plusieurs années en réformes concrètes capables de faire de la logistique un avantage compétitif pour le Gabon ?

