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Transitaire national au Gabon : où en est réellement la mise en œuvre du projet ?

Le vice-président du Gouvernement, Monsieur Hermann Immongault © D.R.

Annoncée lors du Conseil des ministres du 12 août 2025, la création d’un transitaire national devait marquer un tournant stratégique dans la réorganisation du secteur logistique gabonais. Présenté comme un outil de souveraineté économique destiné à assainir les opérations de transit, lutter contre les surfacturations et renforcer les capacités nationales dans la chaîne logistique, le projet avait suscité beaucoup d’espoir chez les opérateurs économiques. Près d’un an après cette annonce, une question revient pourtant avec insistance dans les milieux portuaires et douaniers : où en sommes-nous concrètement ? À ce jour, aucune communication détaillée n’a encore permis de connaître ni le modèle économique retenu, ni le calendrier précis de mise en œuvre de cette future structure.

Le sujet est d’autant plus sensible que le secteur du transit représente un maillon stratégique de l’économie gabonaise. Ports, douanes, corridors routiers, fret ferroviaire et opérations d’import-export constituent aujourd’hui des leviers majeurs pour la compétitivité du pays. Or, depuis plusieurs années, les opérateurs dénoncent des lenteurs administratives, des coûts logistiques élevés et un environnement parfois peu lisible pour les investisseurs. La création d’un transitaire national devait justement permettre de remettre de l’ordre dans cet écosystème. Mais en l’absence de textes d’application clairement identifiés, de siège opérationnel officiellement lancé ou même d’équipe dirigeante connue, le projet semble pour l’instant évoluer dans une zone d’attente qui nourrit les interrogations.

Cette situation contraste avec la forte dynamique observée ces derniers mois autour d’autres projets logistiques structurants. Le gouvernement a multiplié les annonces concernant la modernisation du Transgabonais, le projet de port en eau profonde de Kobe-Kobe, la future gare maritime de Libreville ou encore la relance des infrastructures portuaires nationales. Le transitaire national, lui, reste encore à l’étape des intentions publiques, alors même qu’il devait être l’un des piliers de la souveraineté logistique voulue par les autorités.

Dans les milieux économiques, certains acteurs s’interrogent également sur la future cohabitation entre cette structure publique et les transitaires privés déjà présents sur le marché. Le gouvernement avait évoqué une phase transitoire et un accompagnement des opérateurs existants afin de préserver la compétitivité du secteur. Mais là encore, peu d’éléments ont filtré sur les mécanismes de régulation envisagés, les conditions d’accès au marché ou encore les nouvelles règles qui pourraient encadrer les activités de transit au Gabon. Cette absence de visibilité entretient une certaine prudence chez les investisseurs et les professionnels du secteur.

Au-delà des annonces, le véritable défi sera désormais celui de l’exécution. Dans un contexte où le Gabon affiche l’ambition de devenir un hub logistique régional, la réussite de ce projet dépendra moins des discours que de sa capacité à produire des résultats concrets : réduction des délais portuaires, amélioration de la traçabilité des marchandises, baisse des coûts logistiques et montée en puissance des compétences nationales. Car dans le domaine du transport et de la logistique, la crédibilité d’une réforme se mesure avant tout sur le terrain.

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