La nouvelle taxe carbone instaurée par le Gabon commence déjà à susciter de vives inquiétudes dans les secteurs du transport aérien et maritime. Présentée par les autorités comme un outil destiné à financer la transition écologique et à valoriser les efforts environnementaux du pays, cette réforme fiscale pourrait pourtant produire l’effet inverse sur l’économie nationale : fragiliser l’attractivité logistique du Gabon et pousser certains opérateurs internationaux à revoir leur présence sur le marché gabonais.
Avec l’instauration de la Contribution Souveraine Carbone dans la Loi de finances 2026, les compagnies aériennes et maritimes opérant au Gabon devront désormais supporter de nouvelles charges liées aux émissions de CO₂. Une décision qui intervient dans un contexte déjà difficile pour de nombreux transporteurs confrontés à la hausse des coûts du carburant, aux tensions logistiques mondiales et à une pression fiscale croissante.
Le principal risque évoqué par plusieurs professionnels du secteur est clair : le Gabon pourrait devenir une destination jugée trop coûteuse par certaines compagnies internationales.
Dans le transport aérien, la question est particulièrement sensible. Le marché gabonais est déjà considéré comme l’un des plus chers de la sous-région en matière de billets d’avion. Entre les taxes aéroportuaires, les coûts d’exploitation élevés et la faible densité du trafic régional, plusieurs compagnies peinent déjà à maintenir des lignes rentables. L’ajout d’une nouvelle taxe environnementale pourrait pousser certains opérateurs à réduire leurs fréquences, augmenter fortement les prix des billets ou, dans le pire des scénarios, quitter tout simplement certaines dessertes.
Une telle situation risquerait d’isoler davantage le Gabon sur le plan aérien, alors même que le pays cherche à renforcer son attractivité économique, touristique et diplomatique.
Le secteur maritime n’est pas épargné. Les armateurs et compagnies de transport maritime redoutent eux aussi une augmentation significative des coûts d’escale et des charges opérationnelles. Or, dans un environnement ultra-concurrentiel, les grandes compagnies privilégient généralement les ports offrant les meilleures conditions financières et logistiques.
Le danger pour le Gabon serait donc de voir certains flux commerciaux se rediriger progressivement vers des hubs régionaux plus compétitifs, notamment dans le golfe de Guinée. Une baisse de fréquentation des ports gabonais aurait des conséquences directes sur l’activité portuaire, la logistique nationale, les transitaires et, plus largement, sur le coût des importations.
Car derrière cette taxe carbone, c’est toute la question de la compétitivité du corridor logistique gabonais qui est posée.
De nombreux observateurs estiment que la transition écologique ne peut être efficace sans concertation approfondie avec les acteurs économiques concernés. Si la protection de l’environnement constitue aujourd’hui une priorité mondiale, plusieurs professionnels jugent que le calendrier et les modalités d’application de cette fiscalité verte risquent de fragiliser des secteurs déjà sous tension.
Le paradoxe est d’autant plus fort que le Gabon cherche simultanément à se positionner comme un hub logistique et minier en Afrique centrale. À travers les investissements portuaires, les ambitions de transformation locale et le développement des échanges commerciaux, le pays tente depuis plusieurs années d’attirer davantage d’investisseurs internationaux. Mais une fiscalité perçue comme excessive pourrait envoyer un signal négatif aux opérateurs étrangers.
Au-delà des intentions environnementales affichées, beaucoup s’interrogent désormais sur l’équilibre entre écologie et compétitivité économique. Car si les compagnies aériennes et maritimes commencent à réduire leur exposition au marché gabonais, ce sont finalement les consommateurs, les importateurs et l’ensemble de l’économie nationale qui pourraient supporter les conséquences de cette nouvelle pression fiscale.










