La mise en service de la Centrale d’achat du Gabon marque indéniablement un tournant dans la lutte contre la vie chère. Présentée comme un instrument de régulation et de justice économique, cette initiative ambitionne de corriger les dérives d’un marché longtemps caractérisé par des circuits d’approvisionnement opaques, des marges excessives et une inflation persistante sur les produits de première nécessité.
Sur le papier, l’ambition est claire : agir à la racine du problème. En encadrant à la fois les importateurs et les distributeurs, en soumettant ces acteurs à un système d’agrément et en contrôlant les prix dès l’entrée sur le territoire, l’État entend reprendre la main sur une chaîne de valeur qui lui échappait en grande partie. Cette approche structurelle tranche avec les politiques conjoncturelles du passé, souvent limitées à des contrôles ponctuels et peu dissuasifs.
Mais au-delà des annonces, une question essentielle demeure : la Centrale d’achat sera-t-elle réellement en mesure de transformer durablement le quotidien des Gabonais ?
Car l’efficacité d’un tel dispositif ne repose pas uniquement sur son architecture institutionnelle. Elle dépend avant tout de son exécution. La promesse de prix “justes et accessibles” suppose une maîtrise rigoureuse des coûts d’importation, une logistique performante et, surtout, une transparence irréprochable dans la formation des prix. Sans cela, le risque est grand de voir se reproduire les mêmes dysfonctionnements que ceux que l’on prétend corriger.
L’un des aspects les plus innovants du dispositif réside dans l’implication des citoyens. En permettant aux consommateurs de signaler les écarts de prix via une plateforme dédiée, les autorités introduisent une forme de contrôle participatif inédit. Cette responsabilisation du citoyen est louable. Elle pourrait contribuer à instaurer une culture de redevabilité dans un secteur longtemps dominé par l’opacité. Encore faut-il que les signalements donnent lieu à des sanctions effectives et rapides.
Par ailleurs, la Centrale d’achat s’inscrit dans un modèle de partenariat public-privé, où l’État coexiste avec des opérateurs économiques nationaux. Ce choix peut être un levier d’efficacité, à condition que l’intérêt général prime sur les logiques de rente. Dans le cas contraire, le dispositif pourrait être capturé par les mêmes acteurs qu’il est censé réguler.
Il faut également rappeler que la vie chère ne se résume pas aux seuls prix d’importation. Elle est le produit d’un ensemble de facteurs : coûts logistiques élevés, dépendance aux importations, faiblesse de la production locale et poids de l’informel. Si la Centrale d’achat peut contribuer à atténuer certains de ces facteurs, elle ne saurait, à elle seule, résoudre un problème aussi structurel.
En réalité, le véritable enjeu est celui de la cohérence des politiques publiques. La Centrale d’achat doit s’inscrire dans une stratégie globale incluant le soutien à la production locale, la modernisation des infrastructures logistiques et la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles. Sans cette vision d’ensemble, elle risque de n’être qu’un outil parmi d’autres, utile mais insuffisant.
En définitive, la Centrale d’achat du Gabon porte une promesse forte : celle de réconcilier le marché avec le pouvoir d’achat des citoyens. Mais comme souvent, la réussite ne dépendra pas de l’annonce, aussi ambitieuse soit-elle, mais de la capacité à tenir dans la durée. Entre espoir légitime et vigilance nécessaire, les Gabonais attendent désormais des résultats concrets.
Car en matière de vie chère, ce ne sont pas les intentions qui comptent, mais les prix affichés sur les étals.










