29 C
Libreville
lundi 1 juin 2026

CNT : véritable réforme du transport public ou simple opération de transfert ?

La création de la Compagnie Nationale des Transports (CNT), née de la fusion entre la SOGATRA et Trans’Urb, marque une nouvelle étape dans la réorganisation du secteur du transport public au Gabon. Présentée par les autorités comme une réforme ambitieuse destinée à moderniser la mobilité urbaine et interurbaine, cette initiative suscite néanmoins de nombreuses interrogations.

Pour certains observateurs, cette fusion ressemble à une logique bien connue : « déshabiller Pierre pour habiller Paul ». En d’autres termes, l’État ne ferait que regrouper des structures déjà confrontées à des difficultés financières, organisationnelles et opérationnelles, sans traiter immédiatement les problèmes de fond qui minent le transport public depuis plusieurs années.

La SOGATRA, longtemps considérée comme le principal opérateur public de transport urbain, a traversé de nombreuses périodes de turbulence : insuffisance de bus, contraintes budgétaires, difficultés de maintenance et irrégularité du service. De son côté, Trans’Urb avait été créée pour apporter une nouvelle dynamique au secteur avec une flotte plus récente et une approche davantage tournée vers la modernisation du service.

Avec la CNT, les autorités veulent désormais créer un acteur national unique capable de mutualiser les moyens humains, techniques et financiers. L’objectif affiché est clair : rationaliser les coûts, renforcer l’efficacité opérationnelle et construire une entreprise publique capable de répondre durablement aux besoins croissants de mobilité des populations.

La nouvelle compagnie ne se limite d’ailleurs pas au transport urbain classique. Le projet prévoit également une diversification des activités vers le transport de marchandises et d’hydrocarbures, un segment stratégique susceptible de générer des revenus supplémentaires pour soutenir l’équilibre économique de l’entreprise.

Au-delà de l’aspect structurel, le gouvernement mise aussi sur l’impact social et économique de cette réforme. La CNT devrait contribuer à la création de plusieurs centaines d’emplois directs et indirects, tout en améliorant l’accès à la mobilité pour les populations. Une meilleure organisation du transport public pourrait également avoir des répercussions positives sur la productivité économique, la fluidité urbaine et le développement des échanges commerciaux.

Mais la réussite de cette réforme dépendra principalement de la gouvernance qui sera mise en place. Car fusionner des structures ne suffit pas à garantir l’efficacité. Sans stratégie de financement durable, sans maintenance rigoureuse des équipements et sans amélioration réelle de la qualité du service, le risque demeure de voir la CNT reproduire les difficultés du passé sous une nouvelle appellation.

La question centrale reste donc entière : la CNT sera-t-elle le point de départ d’une véritable transformation du transport public gabonais ou simplement une réorganisation administrative de plus ?

Le débat est désormais ouvert.

Derniers Articles

Articles similaires