La prochaine visite d’État du Président de la République, Chef de l’Etat, Chef du Gouvernement, S.E Brice Clotaire Oligui Nguéma, en France s’annonce comme un moment important de la diplomatie économique gabonaise. Mais au-delà des rencontres institutionnelles, cette séquence doit aussi nous amener à nous poser une question fondamentale : le Gabon connaît-il réellement les compétences de sa propre diaspora dans les secteurs de la logistique, des transports et de la supply chain ?
Cette interrogation prend aujourd’hui une dimension particulière au regard de l’actualité du secteur au Gabon.
Le pays est engagé dans plusieurs projets structurants qui pourraient profondément redessiner son paysage logistique au cours de la prochaine décennie. Les travaux du port minéralier en eau profonde de Kobe-Kobe ont été officiellement lancés avec l’ambition de créer un corridor intégré associant infrastructures portuaires, ferroviaires, énergétiques et minières autour du gisement de Belinga. Le projet vise notamment à faire du Gabon un hub logistique de référence en Afrique centrale.
Parallèlement, le projet de port en eau profonde de Mayumba se précise avec la volonté des autorités de développer, autour de cette infrastructure, un véritable écosystème logistique et industriel inspiré des grands modèles internationaux.
À ces grands projets portuaires s’ajoutent d’autres chantiers majeurs : le développement du port lagunaire de Mangali, la montée en puissance de Fly Gabon et de la future compagnie nationale des transports, les perspectives offertes par la Compagnie Nationale de Navigation Intérieure et Internationale (CNNII), mais également les nouveaux besoins en logistique pétrolière induits par le retour de Shell et la relance de l’exploration de nouveaux gisements.
Le secteur minier constitue lui aussi un immense défi logistique. Entre le développement du gisement de fer de Belinga, le projet de fer de Baniaka, l’exploitation du marbre de Doussiégoussou ou encore la potasse de la Banio, le Gabon devra déployer des solutions de transport multimodal, des infrastructures de stockage, des corridors ferroviaires et des capacités portuaires capables d’accompagner l’industrialisation du pays.
Tous ces projets nécessiteront des milliers d’emplois, des compétences de haut niveau et des expertises spécifiques en ingénierie logistique, en transport maritime, en gestion portuaire, en supply chain, en digitalisation des flux, en exploitation ferroviaire et en financement d’infrastructures.
Or, de nombreux Gabonais exercent déjà ces métiers en France et dans d’autres pays. Certains travaillent au sein de grands groupes portuaires, de compagnies maritimes, d’entreprises de transport international, de cabinets de conseil, de groupes pétroliers ou encore d’opérateurs logistiques de premier plan.
Mais ces femmes et ces hommes sont-ils identifiables ?
Existe-t-il aujourd’hui un recensement des compétences gabonaises de la diaspora dans ces secteurs stratégiques ? Une plateforme numérique permettant de savoir qui fait quoi, où et comment ? Un annuaire des experts, cadres et entrepreneurs gabonais de la logistique et des transports établis à l’étranger ? Une cartographie des compétences susceptibles d’accompagner les ambitions logistiques et industrielles du pays ?
La question mérite d’être posée.
Car le Gabon dispose peut-être déjà, à travers sa diaspora, d’une partie des réponses aux défis qui l’attendent. Des experts capables d’accompagner la structuration des futurs ports de Kobe-Kobe et de Mayumba, de contribuer au développement des chaînes logistiques minières de Belinga, de Baniaka ou de la Banio, de participer à la modernisation du transport aérien et maritime national ou encore de favoriser les transferts de technologies et de compétences.
Encore faut-il pouvoir identifier ces talents, les connecter et les mobiliser.
La visite d’État du Président Oligui Nguema en France pourrait ainsi être l’occasion de franchir une étape décisive : celle de la structuration de la diaspora économique gabonaise autour d’une plateforme numérique nationale des compétences. Un outil moderne permettant de recenser les profils, les expertises, les secteurs d’activité, les projets portés par les entrepreneurs gabonais à l’étranger et leur disponibilité à contribuer au développement national.
Car à l’heure où le Gabon construit ses futurs ports, repense ses corridors logistiques, relance son industrie minière et renforce sa souveraineté économique, une question demeure : pouvons-nous nous permettre de laisser dans l’ombre les compétences de notre propre diaspora alors qu’elles pourraient constituer l’un des principaux leviers de cette transformation ?










