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samedi 25 septembre 2021

Transport aérien : haro sur les taxes et redevances en Afrique

Avec 40 à 50 % du coût total d’un billet d’avion reversé aux gouvernements sous forme de redevances diverses, les compagnies aériennes sont utilisées comme collecteurs de taxes, alors même qu’elles devraient être protégées pour surmonter la période de crise qu’elles traversent, s’insurge le directeur commercial d’Asky, président du comité aéro-politique de l’AFRAA.

Taxe de solidarité, d’enregistrement, de timbre, de départ, d’aéroport, d’embarquement, environnementale, d’infrastructure, sur les voyages à l’étranger, de développement touristique… Il existe plus de 200 types de taxes, redevances et droits différents dans les cinq régions d’Afrique (Ouest, Est, Centre, Sud et Nord).

En tant que voyageur, consommateur ou passager, lorsque vous voyagez en Afrique, en particulier en Afrique centrale et Occidentale, 40 à 50 % du coût total du billet d’avion payé à la compagnie aérienne qui vous transporte est constitué de taxes, de redevances et de frais qui sont reversés aux gouvernements.

Pour un passager qui voyagerait du Bénin au Sénégal, le total des taxes, frais et redevances est même 118 % plus élevé que le tarif net du billet : alors que la compagnie aérienne reçoit un montant net de 107 dollars pour couvrir tous les coûts d’exploitation, y compris le carburant, la restauration, l’assistance au sol, l’hébergement de l’équipage, le logiciel de réservation, la maintenance, la location d’avions, etc. , le Bénin percevra 6,30 dollars de taxe de sécurité, 1,8 dollars de taxe fiscale, 54,30 dollars de taxe de développement touristique, 8,10 dollars de redevance de développement aéronautique, 11,90 dollars de redevance de sécurité pour les passagers, 3,60 dollars de taxe de solidarité avec les passagers aériens et 10,70 dollars.

Et ce n’est pas tout : parce que le passager transite par le Togo, il paiera en plus 5,40 dollars de taxe d’embarquement, 9,10 dollars de redevance de service passager et 3,60 dollars de redevance de transport terrestre terminal au gouvernement du Togo, quand le gouvernement du Sénégal percevra 12 dollars de redevance d’immigration.

L’impression générale est que ce sont les compagnies aériennes qui pratiquent des tarifs exorbitants, alors qu’en fait, elles sont utilisées comme collecteurs de taxes, droits et redevances pour le compte des gouvernements, et que la plupart de ces sommes ne sont pas réinvestis dans le développement aéronautique mais allouées à d’autres fins.

Imaginez si toutes les taxes étaient supprimées et qu’il ne restait que des redevances destinées spécifiquement à recouvrer les coûts de fourniture d’installations pour l’aviation civile, à quel point les voyages en Afrique deviendraient abordables !

En outre, alors que le secteur du transport aérien n’a repris ses opérations qu’à hauteur de 48 % – au mieux – de son niveau pré-Covid-19, et que les passagers sont soumis à divers frais, notamment de test, lorsqu’ils doivent voyager, ne faudrait-il pas songer à supprimer certaines de ces taxes pour aider le secteur du transport aérien à se relever ? Au contraire, il y a eu des manœuvres habiles pour glisser discrètement quelques nouveaux frais afin de faire payer les passagers, en particulier pendant le chaos du Covid 19, sous le prétexte de la mise en place des contrôles du protocole Covid dans les aéroports notamment.

Ce qui est très inquiétant, c’est la facilité avec laquelle le secteur du transport aérien en Afrique, en particulier en Afrique de l’Ouest et du Centre, est perçu comme une vache à lait pour le recouvrement des montants de la dette provenant des prêts et de l’aide internationale empruntés et accordés aux États.

Pendant ce temps, le secteur reste mal équipé, avec de faibles volumes et une mauvaise connectivité, en raison des coûts élevés des billets pour les voyageurs et des coûts d’exploitation élevés pour les compagnies aériennes.

Il est impératif de faire comprendre aux passagers que ce sont eux qui paient ces taxes, frais et redevances à travers le coût des billets d’avion, et donc de les associer à un effort commun pour essayer de comprendre l’origine, l’objectif et l’efficacité de ces si nombreux frais, taxes et redevances.

En tant que consommateur, vous devez en avoir pour votre argent. Ce pour quoi vous payez, c’est ce que vous devriez obtenir et aussi être utilisé de manière appropriée. Si vous payez une taxe sur le développement des infrastructures ou sur le tourisme, elle devrait être utilisée uniquement à cette fin, mais est-ce le cas ?

Alors que depuis l’indépendance de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, plus de 47 compagnies aériennes ont fait leur apparition et ont disparu avec une durée de vie de cinq ans maximum, imposer de telles taxes, redevances et charges, surtout lorsque le secteur du transport aérien ne bénéficie d’aucun retour sur investissement, ne fait que décourager le trafic de passagers et inhiber la capacité du secteur du transport aérien à conduire le développement économique à son plein potentiel.

Un examen approfondi devrait être effectué au niveau national – les États étant souverains en matière de taxes – pour restructurer l’ensemble du secteur de l’aviation en impliquant tous les acteurs, placer le secteur dans un régime financier et économique différent, hors des finances et du contrôle public, hors des considérations administratives publiques en raison de sa spécificité, de sa sensibilité, de sa complexité, de son besoin de soins et de sa contribution fondamentale au développement socio-économique des nations et du continent dans son ensemble.

De leur côté l’OACI et l’IATA ne doivent pas se contenter de plaider et de faire du lobbying, elles doivent être capables d’aller au-delà, même si cela implique de revoir la Convention de Chicago de 1944, le seul instrument juridique ratifié par les États.

Le temps n’est plus aux longues discussions, nous savons tous où le bât blesse, ce qui est censé être fait et comment s’y prendre. Il est donc temps d’agir maintenant, et cela implique tout le monde, y compris vous, nos estimés passagers.


Par  Nowel Ngala, Directeur commercial d’Asky, président du comité aéro-politique de l’AFRAA (African Airlines Association)

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