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samedi 25 septembre 2021

Gabon: la CNNII une compagnie publique de navigation dépourvue de navire

Le mouvement d’humeur qui secoue à nouveau la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale ( CNNII) met en exergue et révèle au grand jour, les dysfonctionnements de cette compagnie publique. Héritière de la Compagnie de navigation intérieure (CNI) créée en 1978, et née en 2013 sous l’impulsion du chef de l’Etat Ali Bongo , la CNNII n’a à ce jour aucun navire propre en activité sur les eaux gabonaises . Les 8 navires de sa flotte sont tous immobilisés à quai en panne. Et le seul bateau actif, le « Cassanga » est une location, comme l’a si bien rappelé le 27 avril dernier sur les antennes de Radio Gabon,  Brice Constant Paillat, ministre des Transports 

Une compagnie de navigation internationale sans navire , c’est l’offre du Gouvernement gabonais à sa population. Heureusement ou malheureusement (au vu des prix) qu’il y a des compagnies privées qui assurent le relai. L’exploitation et l’activité de cette compagnie n’est plus optimale en raison du fait qu’aucun de ses navires n’est apte aujourd’hui à couvrir les activités de la CNNII. 

Il ressort des faits qu’en avril 2021, la flotte de la CNNII est composée de 8 navires défectueux et immobilisés depuis un bon moment et d’un seul bateau en activité mais en location. Il s’agit du Cassanga » avec une capacité de 650 tonnes de fret et 300 passagers. En 2018, la compagnie n’exploitait que deux navires de sa flotte. Le bateau rapide « NTCHENGUE EXPRESS », un catamaran d’une capacité de 215 passagers répartis en classes VIP, CLUB, et ECO et le « LCT SETTE CAMA », un navire mixte de transport de passagers et de fret, d’une capacité de 750 tonnes et de 350 places. 

Pourtant en 2016, la compagnie rebaptisée depuis 3 ans seulement comptait 4 bateaux opérationnels sur les 14 unités navales que constituaient sa flotte. Le nombre de bateaux immobilisés est toujours largement supérieur à ceux qui naviguent. Le poumon de toute entreprise est son financement. Et dans les faits, la CNNII est une compagnie étatique qui ne peut réparer ses bateaux et les faire fonctionner normalement parce qu’ elle se bat elle-même pour s’auto-financer et fonctionner. Privé de subvention de l’Etat, elle fait face à d’importantes charges d’exploitation consécutives aux salaires, à la réparation des bateaux, aux tarifs sociaux pratiqués alors que le prix du carburant nécessaire à l’exploitation de ses navires est en constante hausse. 

Les conclusions de la revue des comptes des exercices antérieurs initiée en 2020 et confiée au Cabinet KPMG avait mis en exergue les problèmes techniques et financiers qui asphyxient cette compagnie. Selon cette enquête, la CNNII c’est : « Une accumulation continue de pertes financières depuis la création de la compagnie en 2013, une situation de quasi faillite caractérisée par des fonds propres négatifs de l’entreprise (l’entreprise a mangé son capital) ; une absence de mécanismes comptables de renouvellement des équipements de production (navires, logistique, mobilier) ; une masse salariale ayant augmenté de 250% entre 2013 et 2018 et représentant 76% du chiffre d’affaires ; et des coûts d’exploitation élevés en raison de charges locatives excessives de bateaux et de matériel logistique », a-t-on pu lire. 

En 2016, lors du premier conseil d’ Administration de Brice Laccruche Alihanga, nouvellement nommé Directeur général de la CNNII, les difficultés de trésorerie de l’entreprise étaient déjà d’actualité. « Nous avons donné mandat au directeur général de rechercher les financements pour que nous puissions réparer l’ensemble de la flotte de la compagnie nationale. Dieu merci, nous avons des banques qui acceptent de nous accompagner dans ce challenge», avait annoncé  ce jour le PCA  Pierre Sockat.

Cinq ans plus tard, on peut le dire sans risque de nous tromper que ce challenge n’a pas été remporté. Et même affirmer qu’il ne sera jamais remporté si l’Etat ne réagit promptement. Il est intolérable qu’une compagnie publique, donc vitrine de l’Etat, soit dans un tel état de délabrement. Les bateaux tombent constamment en panne et passent plus de temps à quai que sur les eaux. Comment expliquer que les 8 bateaux que comptent l’entreprise soient au même moment en panne ? Comment la CNNII a-t-elle pu laisser toute sa flotte prendre de l’eau sans réagir ? 

A qui profite le crime ? a t-on envie de demander. L’Etat travaille-t-il pour la concurrence ( ANTARES etc…) ? A qui appartient le « Cassanga » loué par l’Etat alors que ses propres bateaux sont à quai ? Pourquoi l’Etat observe-t-il passif,  l’agonie lente et douloureuse de cette compagnie publique internationale ? Des questions à résonance complotistes qu’on est tout de même contraint de nous poser, la situation étant tellement invraisemblable. 

En fait, pour résumer le fonctionnement du patrimoine naval depuis 2013, on répare 2 ou 3 bateaux de la flotte totalement immobilisée pendant que la compagnie loue un bateau afin d’assurer le service minimum, ensuite lorsque les bateaux sont réparés on les utilise jusqu’à leur prochaine panne. Ensuite le bateau loué sera à nouveau utilisé comme seul moyen de transport de la compagnie. 

Pour l’instant, au lieu de se pencher sur des solutions à long terme, on applique une méthode qui manifestement ne règle pas le souci d’absence de logistique de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale. La loi des finances rectificative de 2020 a prévu une ligne budgétaire d’un milliard  de FCFA pour remettre au moins un bateau de la CNNII à flot et aider à acquérir un nouvel équipement naval. « Avec la direction générale, nous avons mis en réparation la principale unité de production et d’exploitation, le Sette-Cama, le navire le plus gros de la flotte de la CNNII. Nous envisageons également de remettre à flot le Ntchengue qui est un bateau rapide permettant de faire du transport des passagers et du fret. Nous maintenons naturellement l’exploitation du Cassanga, qui est actuellement en location, ainsi qu’une autre barge exclusivement dédiée au fret », a annoncé Brice Constant Paillat aux grévistes le 26 avril dernier. 

En espérant toutefois que le ministère des Transports ainsi que le directoire de cette compagnie de navigation internationale, s’inscrive dans un autre schéma afin de sortir la CNNII de l’ornière et éviter une autre scénario  à la Air Gabon. Brice Constant Paillat sait de quoi il est question… 

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